Le Pays de Mormal solidaire des réfugiés ukrainiens

A Jenlain, des familles ukrainiennes ont célébré la Pâques orthodoxe

Le temps fort religieux de trois heures s’est vécu le 24 avril en l’église Saint Martin, deux mois après le début de la guerre.

 

Un maillage de solidarités multiples, civiles et religieuses aura permis que se vive cette célébration de l’Eglise gréco-catholique ukrainienne (EGCU) dans le village illustre par sa brasserie centenaire. Présent au collectif d’accueil de réfugiés du pays de Mormal dont il est le doyen, le père Jean Develter assiste  à un temps convivial organisé par la commune de Jenlain pour les réfugiés hébergés sur le territoire de la communauté de communes (CCPM). Il propose aux réfugiés présents l’organisation d’un temps de célébration pour la fête de Pâques. La CCPM accepte de transmettre aux familles qui accueillent, la date, le lieu et l’heure de l’office. 

Prêtre uniate (en communion avec Rome, ndlr) de la paroisse ukrainienne de la Protection de la Mère de Dieu de l’Eparchie Saint Volodymyr le Grand de Paris (basée à Lille), Ihor Nakonechnyy, résidant à Brunehaut-Hollain (diocèse de Tournai, Belgique), accepte volontiers. Entre temps, des communes du Valenciennois-Denaisis (Bouchain, Hérin, Hordain, Escaudain, Roeulx ...) mobilisées rejoignent la démarche, aidées de Stéphane Bultez, vice-président du syndicat hippique boulonnais, aux manettes pour fonder l’association « Solidarité familles France Ukraine ». Des produits de première nécessité sont alors acheminés en Pologne, en soutien aux réfugiés, grâce à la paroisse Sainte Bernadette en Denaisis et Bernard Klopocki, médecin et diacre permanent.Une réunion se tient à Douchy les Mines, à la Maison paroissiale, en présence de son curé modérateur, Engelbert Fotsing. La CCPM ayant transmis l’invitation aux familles, il est décidé de retenir l’église de Jenlain, bien située géographiquement, pour vivre l’événement. Cela a du sens : en mars, grâce au dévouement d’une quinzaine d’habitants et la coordination de Dominique Gazet, élu honoraire, le village a récolté plus de 30m3 de vêtements, médicaments, pansements, chaussures, couvertures, vivres et jouets en faveur du peuple ukrainien. Trois familles ukrainiennes y sont aujourd’hui hébergées.

 

« Christ est ressuscité ! »

 

Lors de l’office religieux, le père Ihor (prononcez Igor) -assisté d’un confrère- a rappelé à maintes reprises l’exclamation au centre du message chrétien. Auparavant, comme le veut le rituel, l’assemblée s’est retrouvée à l’extérieur, sur le parvis, la porte de l’édifice étant refermée. Les trois coups donnés par la croix ayant retenti, les fidèles pénétraient à nouveau … Dans l’église, on pouvait remarquer la présence de jeunes, de familles venues avec quelques paniers contenant brioches, fruits ou oeufs en vue de la bénédiction. L’ensemble de la célébration est chanté, Mariya, l’épouse du père Ihor, maman de leurs deux jeunes enfants, donnant de la voix et rappelant que « tant par son nom, son territoire et son histoire, Kiev précède Moscou ». Ici ou là, quelques drapeaux sont visibles … Dans l’assemblée, on reconnaissait trois diacres permanents venus des deux territoires, Denaisis et Pays de Mormal. Prêtres catholiques, Jean Develter et Jean-Marie Telle (Maroilles) -voir Repères-  participaient également à l’office, le père Evariste Zoubga (Le Quesnoy) s’étant placé dans l’assemblée. Le « Notre Père » sera dit en français. Stéphane Bultez apprécie : « N’oublions pas que l’Eglise ukrainienne est à l’origine de l’orthodoxie, que Kiev a été le pont entre Byzance et Rome … Pour ma part, ayant eu 18 ans lors de la chute du mur de Berlin (1989), je me suis dit qu’on ne pouvait rester inerte, qu’il fallait agir dans l’urgence … 100 000 réfugiés par jour, à la frontière, çà fait frémir ! Et puis ces femmes, ces enfants qui meurent … ». Touchant Stéphane, béret basque vissé sur la tête, de retour de Pologne il y a à peine trois jours. Dans un message, le père Christophe Decherf, vicaire général,  a salué cette fête pascale comme « un grand moment d’espérance ». 

 

Ph. C

 

Repères

 

*La réaction du père Jean Develter : « La solidarité d’avec les ukrainiens a permis de leur offrir de pouvoir célébrer Pâques dans leur langue et tradition. Dans cet état d’esprit, j’ai facilement supporté 3h de célébration en ukrainien ! Avec le Père Ihor, nous comptons offrir d’autres moments à ces réfugiés; il a été  très touché par cette célébration avec ses compatriotes réfugiés ».

*La réaction du père Jean-Marie Telle, délégué diocésain à la pastorale de l’oecuménisme : « Jean a eu une très bonne initiative, la célébration procède d'une autre logique orientale, la soirée fut intéressante … A la fin, la « Lettre pastorale de Pâques de sa Béatitude Sviatoslav Chevtchouk » (4 pages, lue en ukrainien), archevêque majeur de Kiev et de Galicie, primat de l’EGCU, mettant en relation la passion et résurrection de Jésus et ce que vit l’Ukraine, a été appréciée. Voilà un évêque qui ne cache pas ce qu’il pense ! ».

*Concernant l'Église orthodoxe d’Ukraine, elle est une juridiction autocéphale dont le primat est Epiphane; il porte le titre de « Métropolite de Kiev et de toute l’Ukraine ». Elle  a été fondée en 2018 à la demande du président ukrainien et du Parlement (Rada). Son autocéphalie est reconnue en 2019 par le patriarcat oecuménique de Constantinople et le patriarcat orthodoxe d’Alexandrie. Cette décision provoque un séisme entre le patriarcat de Constantinople et celui de Moscou. Elle est l'une des trois principales Eglises orthodoxes en Ukraine, les deux autres étant celle du Patriarcat de Moscou et du Patriarcat de Kiev. Antonio Guterres, secrétaire général de l’ONU, avait réclamé une « trêve humanitaire » pour la période 21-24 avril, jour de Pâques, selon le calendrier julien. Il n’a pas été entendu.

 

 

Article publié par Doyenné du Pays de Mormal • Publié le Lundi 02 mai 2022 • 461 visites

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